Les éternels baissiers : un carburant nécessaire pour la hausse…

Comme on a coutûme de dire en bourse, si tout le monde était haussier, tout le monde acheterait et il n’y aurait rapidement plus d’acheteurs pour faire monter le marché. Heureusement pour les bulls, certains se font un malin plaisir d’annoncer jour après jour la fin du monde, voient des bulles prêtes à éclater partout et ne jurent que par la manipulation du marché. J’y étais revenu il y a quelques mois de cela (cf. « L’art d’effrayer le petit actionnaire« ), aussi je ne m’étendrai pas plus aujourd’hui.

Mais difficile de ne pas réagir à un article relevé ce soir sur Boursorama et rédigé par MoneyWeek , qui s’inscrit tout à fait dans le style d’un dossier sur les cycles de Kondratiev que nous avions démonté il y a plus d’un an (sans pour autant prétendre remettre en cause la validité des cycles en eux-même).

Pour situer la théorie de Pring, mise en avant par l’auteur, reprenons les différentes phases détaillées dans l’article :

 » En période de détente des taux d’intérêt (étape I), les conditions économiques s’améliorent et la propension à emprunter augmente. Cela entraîne un rebond des marchés actions (étape II) puis un transfert vers les matières premières (étape III). Lors de l’étape IV, les taux commencent à remonter. Il s’ensuit un épuisement de la hausse des actions (étape V) ; les taux longs des obligations s’écartent de plus en plus des taux courts. Les actions et matières premières sont rattrapées et décrochent (étape VI). « 

Voilà qui a le mérite d’être relativement clair et concis, même si aucune mention n’est faite de la durée moyenne de chacun des cycles. Là où cela se complique, c’est lorsque l’auteur cherche à déterminer à quel étape nous en sommes actuellement. Même s’il faut reconnaître que nous vivons une période particulièrement complexe et qui fait peut être exception aux cycles de Pring (simple supposition), tentons de faire le même travail.

L’étape I, correspondant à la détente des taux d’intérêts, peut-être située en 2008/2009, avec les interventions successives de la FED et de la BCE pour tenter de juguler la crise et éviter la faillite du système. On ne peut pas dire que cette baisse des taux a réellement relancé l’emprunt, mais elle a au moins évité la paralysie du système financier, et provoqué un rebond technique des marchés dès mars 2009. Pour rester dans les cycles de Pring, on pourrait donc considérer que ce rebond intervenu en 2009 et en 2010 sur la plupart des marchés mondiaux correspond à l’étape II.

On nous parle ensuite d’un transfert vers les matières premières, correspondant à l’étape III. S’il n’est pas évident de réellement identifier ce « transfert », car la reprise haussière des matières premières à partir de mi-2010 s’est accompagnée d’une hausse des marchés actions (et donc sans faire intervenir de transfert), on pourra considérer que la phase III a débuté mi-2010.

Pring nous dit alors que la phase IV débute avec la remontée des taux. A en croire la BCE qui prévoit une probable hausse de taux dans les prochaines semaines, tandis que la FED ne semble pas prête à le faire avant le second semestre 2011, on pourrait considérer que nous entrons tout juste dans la phase IV.

Ce n’est ensuite que dans la phase V que la hausse des actions s’épuise, avant un décrochage en phase VI. Voyons maintenant ce que nous dit l’auteur :

« Le problème de l’inflation importée n’a jamais été aussi présent ces derniers mois. Nous ne serions donc plus dans les premières étapes du cycle (I à III). Par contre, l’envolée des matières premières ces derniers mois nous place très probablement aujourd’hui en phase V du cycle. Un autre élément va dans ce sens. Le début de détente observé dernièrement sur les métaux industriels ou sur les indices confirmerait l’entrée en phase VI. Si tel était le cas, les prochaines semaines s’avèreront très chahutées sur les actions : -12,71% en phase VI en moyenne et -11,64% en phase I ensuite.

Si le modèle de Pring se vérifie, le « gros » de la hausse des indices boursiers pourrait finalement bien être derrière nous. »

Pourquoi l’auteur nous parle t’il alors d’une phase V, qu’il justifie d’ailleurs par l’envolée des matières premières, alors que Pring nous dit que cela correspond à l’étape III ? Une hypothèse surprenante qu’il s’empresse de confirmer avec la faiblesse des marchés et matières premières avec les évènements survenus au Japon (pourtant des évènements exogènes hors cycle économique), parlant même directement d’entrée en phase VI sans passer par la case épuisement de la hausse de la phase V.

En deux temps et trois mouvements, nous voici donc comme par miracle à l’aube de la phase VI, pour un pronostic de repli de 12.71% en phase VI suivi d’un repli de 11.64% dans la phase I qui suivra. Voilà donc où l’auteur voulait en venir…

Fuyez, braves investisseurs, renforcez vos puts et autres BX4 (et découvrez au passage comment survivre à ce repli en vous abonnant à leurs conseils miracles…) : un potentiel de repli de près de 25% se profilerait pour les prochaines semaines. Pourquoi pas d’ailleurs (il ne faut jamais rien exclure en bourse), mais pour en revenir aux anticipations de l’auteur, nous aurions donc une première phase de repli de 12.71% en moyenne pour la phase VI pour les prochaines semaines, avant donc une nouvelle baisse de 11.64% en moyenne correspondant à une phase I. Une phase I vous dites ? Celle qui correspond à la baisse des taux d’intérêts ? Alors même qu’on nous annonce un relèvement pour les semaines et mois à venir ? Il n’y aurait pas une petite incohérence dans tout ceci ?…

Sur ce, je vous laisse méditer tout cela et vous souhaite une bonne nuit, alors que les marchés américains ont de nouveau clôturé en hausse et que le Dow Jones est de retour sur ses plus hauts de février…

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