Gestionnaire de portefeuille : un métier à part, varié, passionnant

Le secteur de la finance est un des secteurs qui a connu le plus important développement ces dernières années, mais qui reste peu connu du grand public. Les métiers y sont nombreux et variés, de postes purement financiers à des postes très techniques, pour des experts en nouvelles technologies ou en mathématiques, en passant par des métiers plus commerciaux. Bref, la palette est large, et peut permettre à beaucoup d’y trouver leur voie. Je ne vous présenterai pas ici l’ensemble de ces métiers, et mais en toute humilité celui qui est le mien aujourd’hui : gestionnaire ou gérant de portefeuille. Là encore, il existe différents profils de gérants, qui peuvent rendre le métier assez différent, selon la taille et l’orientation de la société avec laquelle on travaille, selon le mode de gestion et les produits couverts, selon le type de clientèle, etc…

Aussi, pour mieux vous faire comprendre les différents aspects de mon métier, commençons par planter un peu le décor : le principe de la gestion de portefeuille sous mandat est le suivant : le client ouvre un compte à son nom dans un établissement agréé, et signe un mandat de gestion pour confier celle-ci à un gérant, selon un profil et une tarification définie. C’est donc le gérant qui est chargé de passer les ordres d’achat et vente sur le compte du client et en son nom. Il est rémunéré pour cela, soit de manière fixe (pourcentage des avoirs gérés), variable (pourcentage des bénéfices), soit les deux. Il peut également selon les cas, toucher un partie du courtage généré. Selon la taille et la politique des sociétés de gestion, la partie commerciale et la partie gestion de portefeuille peuvent être séparées. J’ai fait le choix d’une société où le gérant s’occupe de tous les aspects, pour une meilleure proximité, une meilleure connaissance des clients, et un travail plus passionnant.

Mon travail s’apparente ainsi un peu à celui d’un entrepreneur, qui gère à la fois des aspects stratégiques, commerciaux et plus opérationnels. J’ai d’ailleurs créé en parallèle une société de formation et accompagnement à l’investissement boursier, pour accompagner ceux qui souhaitent garder la main sur leurs investissements, et offrir une palette de service la plus complète possible. Comparer mon travail à celui d’un entrepreneur n’est donc pas un vain mot, et c’est ce qui le rend si varié et motivant, même si c’est aussi un peu stressant de temps à autre (mais n’est-ce pas ce qui fait avancer ? 🙂 )

Rentrons maintenant un peu plus dans le vif du sujet, en abordant les deux principales facettes de mon activité : la recherche et  la gestion de la clientèle, et la gestion à proprement parler des portefeuilles clients.

La recherche de clients n’est pas chose aisée, car le domaine de la finance est très réglementé : pas de publicité ouverte, pas de démarchage sauvage. On ne vend pas un placement financier comme on vendrait un banal produit de consommation courante. Les établissements bancaires ont là un avantage important, car ils bénéficient d’un contact facilité au travers de votre compte bancaire. Dans mon cas, la recherche de clientèle se fait donc beaucoup par le réseau, par le bouche à oreille, par des partenariats, la présence sur des salons ou sur internet. Confier son argent à un gérant est de toute façon une question de confiance. Le contact et la relation entre le gérant et le client sont donc des aspects primordiaux, qui rendent ce métier particulièrement motivant et enrichissant. Au travers d’un contact privilégié avec ses clients, le gérant apporte une réelle valeur ajoutée, qui peut d’ailleurs aller plus loin que la simple gestion du compte. C’est cela aussi que recherchent les clients en confiant leur portefeuille à un gérant.

Mais il est également une autre facette qui donne beaucoup de piment à ce métier : la gestion proprement dite. On peut gérer un portefeuille boursier « à l’ancienne » (n’y voyez là aucune connotation péjorative), c’est à dire en considérant que la bourse est un investissement long terme, et que le choix des valeurs se fait sur les fondamentaux des sociétés et des secteurs économiques, sur les prévisions de croissance et de génération de bénéfices. Le travail consiste alors à éplucher les bilans et comptes de résultats, à rencontrer les dirigeants, pour se faire une idée aussi précise que possible de la valorisation actuelle et à venir des sociétés. Mais le travail demandé est fastidieux (à mes yeux en tout cas :-)), les données ne sont pas toujours faciles à interpréter, sans parler de leur fiabilité, d’autant que ce travail à lui seul est de moins en moins payant.

En effet, depuis quelques années ou dizaines d’années, l’économie s’est accélérée, le système financier s’est développé, les sociétés se rachètent les unes les autres, changent de secteur d’activité ou d’orientation de plus en plus rapidement, tandis que le marché est de plus en plus régit par le court terme, l’anticipation, la spéculation, sans parler de l’influence des nombreux produits dérivés. Bref, la lisibilité et la prévisibilité n’est plus la même, les horizons de temps se sont raccourcis, ce qui m’a conduit à un approche un peu différente.

Cela ne remet pas en cause le bien fondé de l’analyse fondamentale, qui permet toujours de filtrer les valeurs sur lesquelles investir. Mais l’analyse fondamentale n’est pas suffisante, notamment d’un point de vue timing et définition des prix d’intervention.

Cela ne remet pas en cause non plus le fait que la bourse doit être considérée comme un investissement long terme. Mais le long terme peut-être abordé comme une suite de périodes de plus court terme.

Bref, je me suis tourné vers un mode d’analyse qui répond à ces différents besoins : l’analyse technique et psychologique des marchés financiers.

Après avoir donc sélectionné les valeurs sur lesquelles je travaille d’un point de vue fondamental, en confrontant mes opinions avec celles d’autres gérants, en suivant le travail d’analystes spécialisés, après avoir surveillé l’actualité et le calendrier des évènements pouvant impacter le marché, mon travail consiste alors à analyser les graphiques des différentes valeurs et indices suivis, et au travers de ceux-ci, la psychologie des intervenants. Ce travail me permet d’identifier les meilleures opportunités d’investissement, les niveaux clés d’évolution des valeurs suivies, le but étant de maximiser le rapport gain / risque sur chaque placement, avec bien sûr des critères différents selon l’objectif de chaque position, son caractère CT, MT ou LT, etc… Je passe alors à l’action pour passer les ordres pour le compte de mes clients. Et si suivre quotidiennement les marchés peut être source de stress, demande une bonne maîtrise de soi et de ses émotions, et pas mal d’humilité, quelle satisfaction lorsque les anticipations s’avèrent justes, et que le marché va dans le sens attendu! Je fais souvent la comparaison avec le golf, lorsqu’après avoir analysé le terrain, les conditions météo, et le nombre de coups restant jusqu’au par, on fait le choix d’un club, on frappe la balle, et celle-ci se dirige précisément à l’endroit visé : quelle satisfaction, mais attention à ne pas s’enflammer trop vite : le coup suivant est là pour vous ramener à la raison 🙂

Voilà, j’espère, avec ce rapide tour d’horizon, vous avoir donné une vision plus précise du métier de gérant, et pourquoi pas vous avoir donné envie d’en faire un jour le votre.

Michel DELOBEL (mdelobel @ dubus.fr)

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