Stratégie – Sell in may and go away ? – partie II

Nous avons vu hier qu’il existait une certaine saisonnalité dans la formation de points hauts et points bas majeurs sur le CAC, et que le mois de mai était de loin le mois le plus sujet à la formation de points hauts. Avec plus d’un point haut sur deux formé en mai, on pourrait se dire qu’une stratégie basée sur cette statistique n’est pas dénuée d’intérêt.

J’en ai testé deux pour vous, et ai cherché à les analyser. Avant toutefois de les détailler, il me semble important de regarder cette statistique à l’envers. Lire la suite...

S’il est intéressant de savoir que plus de 50% des points hauts se forment en mai, ce qui va surtout intéresser l’investisseur à l’aube d’un mois de mai, c’est quelle est la probabilité de voir se former un de ces fameux points hauts dans les jours qui suivent. Et là, le résultat est déjà moins sexy, puisque sur les 23 mois de mai étudiés (depuis la création du CAC), seuls 6 ont vu la formation d’un point haut majeur, soit à peine plus d’un sur quatre… Voyons toutefois ce que donneraient des stratégies basées sur le fameux dicton « sell in may and go away », sachant que d’autres mois de mai ont vu quand même la formation de points hauts secondaires.

Stratégie n°1 – Vente en mai – Rachat sur retournement haussier

En appliquant notre fameux dicton, j’ai simulé ce que donnerait une vente au 1er mai avec un rachat dès le mois de juin si un plus haut de plus de 1% est réalisé par rapport au plus haut de mai (ce qui veut dire forcément une perte), ou ensuite à partir de juillet dès que le marché réalise un plus haut par rapport au mois précédent (c’est à dire qu’il donne des signes de retournement haussier).

Cette stratégie a généré depuis 1988 un retour de 2465 pts de CAC en 23 ans (et donc 23 trades), ou +51% cumulés (calcul basique obtenu en additionnant les performances successives). Si ces performances ne tiennent pas compte de frais de courtages ou de frais liés au fait que nous sommes en position vendeuse, elles peuvent paraître relativement intéressantes, sachant que nous avons « joué » à contre sens d’une tendance de fond qui a vu le CAC progresser de +300% sur ces 23 années.

Si on regarde toutefois plus en détail, sur les 23 trades réalisés, 11 se sont soldés par un gain, 11 par une perte, et 1 quasiment à l’équilibre. Le bilan est déjà moins attractif. Mais quand on détaille un peu ces gains et ces pertes, c’est encore plus mitigé.

Les gains se sont en effet concentrés essentiellement sur deux occurrences, en 2001 (+905) et 2002 (+1114 pts), avec pour les 9 gains restant 4 inférieurs à 100 pts. En %, les gains se rééquilibrent un peu, avec 5 gains supérieurs à 10%, mais 6 inférieurs ou égaux à 5%.

En points, la perte maximale a été de 300 pts, pour une perte moyenne de 150 pts. En %, la perte maximale a été de 12%, pour une perte moyenne de 5.3%.

Si le système reste donc gagnant, le « faible » nombre d’occurrences testées et des résultats particulièrement dispersés le rendent relativement délicat à utiliser. Rien ne vous empêche par contre d’utiliser ces résultats en allégeant vos portefeuilles en mai pour vous repositionner selon les critères ci-dessus. Vous n’y gagneriez rien, mais vous éviterez peut être quelques pertes 🙂

Stratégie n°2 – Vente en mai – Rachat en octobre

Si le dicton nous dit de racheter au 1er novembre, notre étude sur les points bas nous a montré qu’il y avait plus de points bas formés en octobre. Nous avons donc simulé une vente au 1er mai et un rachat au 15 octobre de la même année.

Cette stratégie a généré depuis 1988 un retour de 3645 pts, mais « seulement » 45% cumulés. Un score également positif, avec un retour en points un peu plus élevé car généré plutôt ces 10 dernières années avec un CAC élevé, mais un score en % légèrement moins attractif.

Voyons maintenant la répartition pour voir si les résultats sont plus acceptables. Sur les 23 années testées, 11 se sont terminées par une perte, 2 par un score nul et 10 par un gain. C’est donc plus ou moins similaire aux résultats obtenus sur notre stratégie n°1.

Du côté des gains, la répartition n’est pas vraiment plus homogène, mais les gains sont sensiblement plus élevés : trois sont supérieurs à 1100 pts (et quatre sont supérieurs à 20%), pour un gain moyen de 660 pts (et près de 17%), avec seulement deux gains inférieurs à 10%.

Le problème vient naturellement des pertes, qui sont elles aussi sensiblement plus élevées, avec une perte moyenne de 270 pts et 11% pour un maximum à 654 pts ou 29%…

Cette stratégie, bien que gagnante, est encore moins recevable que la première, en raison notamment d’une dispersion encore plus importante des résultats entre gains et pertes, induisant un retour moins régulier. Ce n’est en effet pas tout d’avoir un système gagnant sur le long terme si vous risquez à certaines périodes de mettre votre capital en danger. Entre 1988 et 1999, cette stratégie n’a ainsi par rapporté grand chose, tandis que les deux séries les plus négatives en points ont généré respectivement 804 et 664 pts de pertes, tandis que les plus négatives en % ont généré respectivement -40 et -23%.

Je serais donc tenté pour cette seconde stratégie de vous conseiller un peu la même chose que pour la première. Sans prendre le risque de vendre le marché systématiquement en mai pour le racheter à mi-octobre, un allègement de vos portefeuilles en mai pour un renforcement à mi-octobre vous évitera quelques grosses pertes sans vous faire rater de trop importantes hausses.

Conclusion

Si nous n’avons pas trouvé parmi ces deux stratégies de système miracle (il faut dire qu’elles étaient peut être un peu trop simplistes), notre fameux dicton n’en n’a pas pour autant été invalidé. Dans un marché haussier sur le long terme, il a en effet permis de dégager deux stratégies vendeuses globalement gagnantes, même si un peu trop volatiles pour être utilisables en l’état. C’est déjà pas si mal.

Mais mieux, il m’a donné l’idée de stratégies dérivées que je vais tenter de mettre au point dans les prochaines semaines, et qui permettraient de s’affranchir de certaines des difficultés des deux stratégies évoquées plus haut. Si vous êtes intéressé pour recevoir ces stratégies lorsqu’elles seront au point, n’hésitez pas à m’envoyer un petit email ou à répondre en commentaire en bas de cet article. A bientôt j’espère.

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